18/08/2026
Il y a des posts que j’aimerais ne jamais avoir à écrire.
Celui-ci en fait partie.
Pas parce qu’il s’est passé quelque chose que j’ai envie de raconter ici.
Certaines choses appartiennent aux propriétaires, à leurs chevaux, et doivent rester entre eux et moi.
Mais parce qu’il y a des journées qui vous rappellent, parfois brutalement, ce que signifie réellement avoir la responsabilité des chevaux des autres.
Et je ne suis pas certain que l’on puisse vraiment mesurer ce que cela représente tant qu’on ne l’a pas vécu.
Aujourd’hui est l’une de ces journées.
Alors j’ai besoin de mettre quelques mots sur une partie de mon quotidien que l’on ne voit pas forcément.
Pourquoi je ne suis pas toujours « simple » avec mes propriétaires…
Quand on est propriétaire, on regarde son cheval.
On pense connaître ses habitudes, ses réactions, ses fragilités, ses émotions.
On s’inquiète pour lui.
On veut ce que l’on pense être le meilleur pour lui.
Et c’est normal.
Parce qu’on l’aime.
Avec Lucile, nous sommes nous aussi propriétaires.
Nous avons sept chevaux… et nos minis.
Mais il y a une différence importante entre nous deux.
Lucile n’a pas choisi d’avoir une écurie. Elle a son métier, sa vie professionnelle, et lorsqu’elle regarde nos chevaux, elle peut encore essayer d’être simplement leur propriétaire.
Même si, avec la vie que nous avons choisie, je sais que pour elle non plus ce n’est plus toujours aussi simple.
Moi, j’ai fait un autre choix.
Lorsque je me lève le matin, je ne peux plus réfléchir seulement comme le propriétaire de nos chevaux.
Parce qu’il y en a vingt dont j’ai la responsabilité.
Vingt chevaux que je vois tous les jours.
Vingt chevaux dont je connais les regards, les habitudes, les comportements, les petits changements qui parfois ne veulent rien dire… et parfois veulent tout dire.
Je vis avec eux.
Je les vois le matin.
Je les vois le soir.
Je les vois quand tout va bien.
Et je suis là quand quelque chose ne va plus.
Et parfois, il faut décider.
Rapidement.
Sans avoir le temps de demander l’avis de tout le monde.
Sans pouvoir faire plaisir à tout le monde.
Et surtout sans pouvoir laisser mes sentiments prendre la décision à ma place.
C’est probablement là que je ne suis pas toujours « simple ».
Parce que ma priorité restera toujours la même :
le cheval.
Avant mes propres chevaux.
Avant les attentes d’un propriétaire.
Avant la facilité.
Avant même parfois la tranquillité de l’écurie.
Et quand un cheval ne va pas bien, alors son propriétaire devient lui aussi ma priorité.
Parce qu’à cet instant, je ne porte plus seulement la responsabilité de son cheval.
Je porte aussi la confiance que quelqu’un a placée en moi.
Parfois jusqu’à me laisser la liberté de prendre des décisions importantes à sa place.
Et cette confiance-là, je peux vous assurer qu’elle compte énormément.
Il y a aussi quelque chose de beaucoup plus difficile qu’on ne l’imagine : trouver les mots.
Expliquer les faits à un propriétaire qui n’est pas là.
Lui raconter ce que l’on voit, ce que le vétérinaire nous dit, ce que l’on sait… mais aussi ce que l’on ne sait pas encore.
Être suffisamment précis pour ne rien lui cacher.
Suffisamment calme pour ne pas l’affoler davantage.
Ne pas minimiser non plus.
Et surtout essayer de mettre mes propres émotions de côté.
Parce que moi aussi je m’inquiète.
Moi aussi je m’attache à ces chevaux.
Et parfois, ce que je dois annoncer me touche bien plus que je ne le montre.
Mais à cet instant, ce n’est pas à moi d’être rassuré.
C’est à moi d’être présent, lucide, de transmettre les faits et de continuer à prendre les bonnes décisions.
Et pendant ce temps-là, je dois aussi penser aux dix-neuf autres.
Je dois penser au groupe.
À leur sécurité.
À leur santé.
À leur alimentation.
À leur confort.
À leur équilibre.
Et je dois aussi préserver l’ambiance de l’écurie, parce qu’un lieu où vivent vingt chevaux est aussi un lieu où vivent ensemble vingt histoires, vingt sensibilités et vingt façons différentes de voir les choses.
Alors oui…
Il m’arrive d’être fatigué.
Il m’arrive d’être tendu.
Il m’arrive certainement d’être trop direct.
Et il m’arrive de prendre une décision que certains ne comprendront pas immédiatement.
Mais derrière chacune d’elles, il y a une responsabilité que je porte 24 heures sur 24.
Je ne demande pas que l’on soit toujours d’accord avec moi.
Simplement de comprendre une chose :
quand je prends une décision, je ne cherche pas ce qui est le plus simple pour moi. Je cherche ce qui me semble le plus juste pour les chevaux dont on m’a confié la responsabilité.
C’est le métier que j’ai choisi.
C’est surtout la vie que j’ai choisie.
Et il y a finalement une petite ironie dans tout ça…
À force de consacrer mon temps, mon énergie et mes journées à prendre soin des chevaux que l’on me confie…
ce sont souvent nos chevaux, ceux de Lucile et les miens, qui profitent le moins de moi.
Et peut-être que c’est aussi la partie la plus difficile à accepter.
Parce qu’avant d’être les chevaux d’une écurie…
ce sont les nôtres.
Et je tiens aussi à dire quelque chose d’important :
MERCI à tous nos propriétaires pour la confiance qu’ils nous accordent chaque jour.
Confier son cheval n’est jamais anodin.
Ce n’est pas seulement confier un box, un pré, des repas ou des soins.
C’est confier un être que l’on aime à quelqu’un d’autre.
Et certains jours plus que d’autres, je mesure pleinement ce que signifie cette confiance.
Sans elle, rien de tout cela ne serait possible.