01/06/2026
VISITE de FOUILLES au GOLF du PALINGBEEK (YPRES)
Merci à Bert et Pierre pour leur accueil et leurs explications.
Le terrain est celui des combats de décembre 1914. Les tranchées françaises et allemandes sont proches, à un endroit il n’y a que 5 mètres de séparation. Ce qui obligera les Français à effectuer un repli stratégique.
Au sol sont tracés les emplacements des tranchées allemandes et françaises
Un fortin avec 2 niches a été dégagé, certainement un emplacement pour une mitrailleuse
Des artéfacts sont découverts :
- un Lebel avec sa sangle
- des rouleaux de fil de fer ou de barbelés
- du grillage
- des douilles de fusées éclairantes
- cruche SRD
- Des grenades, tètes d’obus
- Un caillebottis en planche
- Un fond de tranchée en brique
Français et Allemands ont combattu dans ce secteur en octobre et novembre 14.
Récit du 9/11 de Charles Descamps du 160ème RI. Combats se situant plus sur la droite du lieu des fouilles, à droite de la Ferme Eekhof
102éme Journée 9 novembre 1914
Journée tragique. Au petit jour nos tranchées sont terminées. Nous nous installons, je suis à coté de mon camarade AUGUSTE BOIDIN, à un endroit où il y a des morceaux de chair humaine, reste des bombardements de la veille. Nous sommes persuadés que cela va aller mal pour nous. Contrairement à ce qui avait été ordonné de réunir les trous d’obus les uns aux autres pour pouvoir circuler à l’abri, nous nous reposons. Sept heure la soupe arrive, les cuisiniers sont reçus par une fusillade qui heureusement n’est pas efficace à cause d’un petit brouillard. Peu nombreux sont ceux qui y goûtent ; on dirait que chacun s’attend à ce qui va arriver. A peine le repas terminé qu’arrive le 1er obus qui tombe à 25 mètres de nous ; il est 8h30 et à partir de ce moment-là, c’est une succession interrompue de percutants de shrapnells qui arrosent les tranchées qui ont bien été repérées. Nous sommes aplatis à la tranchée, le sac sur le dos pour se garantir des éclats d’obus. Nous avons de la terre, plein le cou, tellement les obus tombent près de nous. Le sergent GODARD de la 3éme section voulant prévenir le capitaine que sa section est anéantie, passant près de nous, reçoit un projectile dans les reins qui le tue. Déjà le bruit court que nous avons beaucoup de tués ; les 3éme et 4éme sections sont bombardées continuellement, leurs blessés se replient vers nous. On fait mettre baïonnettes au canon car l’ennemi s’avance et chacun veille. Les obus cessent un peu. L’ennemi voyant les derniers survivants des 3éme et 4éme sections se replier sur nous, s’avance et essaie de nous tourner par la droite. Le bombardement est dirigé sur notre position et les tranchées à gauche. Ce n’est plus qu’un bruit épouvantable d’éclatements, coupé seulement par le cri des blessés et le râle des mourants : c’est affreux. Les morts se multiplient rapidement, les survivants des 3 et 4émes sections remplissent et encombrent nos tranchées. Que faire ? Prévenir le capitaine pour qu’il nous dise quoi faire, mais certains disent que le capitaine a été tué. Aussitôt on essaie de taire cette nouvelle décourageante mais il est trop t**d, la nouvelle court la tranchée comme une traînée de poudre. Devant nous l’ennemi occupe une ferme et fait des créneaux d’où ils nous prennent en enfilade. Les mitrailleuses ennemies se mettent à donner et fauchent toutes nos tranchées. Bon nombre parmi nous épaulant pour tirer, sont tués d’une b***e dans la tête. Le bois est complètement haché, nous tirons sur tout ce que nous voyons. Beaucoup se retirent vers la meule de paille, afin de pouvoir continuer à lutter. Le spectacle est effrayant, les cadavres jonchent le sol, les uns à demi ensevelis dans la tranchée, les autres en dehors sur le parapet. Le lieutenant BRICOTTE est tué, l’ennemi nous tire par les créneaux, nous ouvrons sur eux un feu nourri. Le lieutenant EVRARD reçoit une b***e en plein front qui lui sépare la tête en deux jusqu’au nez. Le caporal JACQUEMAIN reçoit une b***e qui lui traverse la tête d’une tempe à l’autre. A son tour l’adjudant ANDRE est tué ; il ne reste que l’adjudant EDOT qui est à coté de nous. Nous tirons presque à bout portant, nous ne sommes pas assez nombreux.
Nous sommes cernés. L’adjudant EDOT essaie de s’échapper avec son cousin ; tous deux sont tués ainsi que tous ceux qui les suivent. Toute retraite est impossible. On entend parler de se rendre car il n’y a plus rien à faire. L’ennemi a déjà pris les tranchées des 3 et 4éme sections, il sera sur nous dans peu de temps. Nous ne sommes que quelques-uns dans ce trou, sans aucun gradé, le reste de la compagnie est sur notre gauche. Malgré nous, on lève la crosse en l’air car un officier, revolver à la main, et 4 hommes baïonnette au canon, viennent de nous bondir dessus, sans que nous les ayons vus arriver. Ils poussent des cris de « » et se tiennent en garde, nous faisant signe de jeter nos armes, de nous déséquiper. Ils nous font sortir en avant de la tranchée, afin de faire voir à leurs camarades que nous nous rendons, puis ils nous font traverser rapidement le champ où se trouvent de nombreux morts. Là ils nous font lever les bras, puis nous repartons vivement à la route où se trouve le fort retranchement ennemi. Aussitôt ils nous demandent nos couteaux que nous leur donnons de suite. Ils vont chercher leurs blessés et les nôtres ; tous sont bien pansés de suite. Quelques instants après la 9éme compagnie se rend avec le capitaine et les 2 lieutenants. (ce qui nous a fait perdre c’est d’abord notre artillerie qui n’a jamais donné et qu’ensuite nous n’avions pas de mitrailleuses, alors que les lignes allemandes en étaient garnies, et que nos réserves ne sont pas arrivées : le secours est arrivé trop t**d, nous n’étions plus là). Ils nous mettent par 4 et nous partons en longeant la route et les tranchées ennemies. Les b***es françaises sifflent au-dessus de nos têtes. Nous faisons route dans la direction d’un château dévasté par les obus français (probablement le château de Palingbeek d’Auguste Mahieu ? que les Allemands nomment Bayernschloss et les Britanniques White Castel). Sur notre route, nous voyons les mitrailleuses de l’ennemi, braquées dans la direction de nos tranchées. Bientôt nous arrivons au château où se trouve une pièce d’artillerie de 1ére ligne. Nos gardiens deviennent bientôt doux avec nous, ils nous appellent « camarade » et nous donnent du tabac. Nous sommes à peu près 60 de la 10éme compagnie alors que nous étions 187 le matin : les autres sont tués. Notre artillerie se met à donner : il est bien trop t**d pour nous. Les obus français tombent en arrière des batteries allemandes qui répondent à leur tour. A ce moment-là, nous marchons vite car les places ne sont pas bonnes. Enfin après avoir marché à travers champ, nous arrivons à l’entrée d’un pays. Un général allemand qui cause parfaitement le français nous fait arrêter pour nous interroger sur la situation militaire de la France. On nous fait entrer dans l’église du patelin (soit HOLLEBEKE ou HOUTEM ou ZANDVOORDE), on nous demande nos paquets de pansement, un major donne les 1ers soins à nos blessés. On nous fait retirer notre manteau bleu. Quelques instants après, on nous fait sortir pour se mettre en colonne, escortées par des dragons. A la tombée de la nuit nous arrivons à COMINES France. On fait la halte sur la place où se trouvent quelques compagnies allemandes ; quelques soldats, causant le français, nous font comprendre qu’ils ne nous en veulent pas et nous appellent « camarade » ; mais ils ont horreur des anglais et nous disent « English Kaputt ». Un major, très aimable, nous cause un moment, il nous dit qu’il a vu le 160éme à MORHANGE, à CREVIC et à FRICOURT. Nous nous remettons en route et on nous fait entrer dans une école de COMINES où nous sommes servis. On nous donne un peu de pain et nous essayons de dormir, et bien qu’étant très fatigués, nous ne dormons pas beaucoup car le tableau de la lutte acharnée de la journée nous repasse devant les yeux.